
Bendana | Pinel Art Contemporain a le plaisir de présenter « Chroniques de la mer et d’une tempête », la cinquièmeexposition personnelle de Miguel Rothschild à la galerie.
Une chronique rend compte de ce qui se passe au fil du temps. Cette exposition propose de lire la mer et le ciel de cette manière : comme les témoins d’un temps qui ne se laisse pas figurer, où la tempête est autant un phénomène atmosphérique qu’un état de tension.
Ce qui unit ces œuvres, c’est une même interrogation sur l’image. Ici, la photographie n’est pas une surface que l’on regarde de l’extérieur, mais quelque chose qui se transforme au contact de celui qui l’observe. Dans Cumulonimbus etUndercurrents, les images sont imprimées sur une surface réfléchissante, puis retravaillées au fusain directement surla photographie. La lumière semble jaillir de l’image lorsque le spectateur se place de dos à une source lumineuse, pour s’éteindre ainsi, lorsqu’il s’en éloigne. L’œuvre change à chaque déplacement et ne se présente jamais deux fois de la même manière.
Destellos Nocturnos (Hallig Hooge) témoigne d’une transformation d’un tirage photographique en un véritable terraind’expérimentation. Rothschild donne corps au reflet des étoiles et à leur scintillement à la surface de l’eau à l’aide destrass, comme si ces étoiles étaient descendues sur terre.
Le support, le cadre et le verre ne sont plus de simples accessoires, mais font désormais partie intégrale de l’œuvre,notamment dans le cas de Ocean Crack. Le verre de sécurité qui protège la photographie est brisé, épousant lemouvement de l’eau. La fracture, comme une blessure, laisse entrevoir l’envers d’une image séduisante : la mer qui esten même temps une frontière, un naufrage et une tombe.
Dans Le deuxième principe d’Hermès Trismégiste, le verre devient un agent de fiction. L’image d’un paysage au bordde l’eau, pivotée 180 degrés, verticalement, a été encadrée par deux types de verre : un verre standard dans la partiesupérieure de l’image, et un autre imitant l’eau dans la partie inférieure. Comme s’il s’agissait du reflet du reflet.
Cette instabilité imprègne l’ensemble de l’exposition. Le reflet réel se double d’un reflet simulé, le paysage s’inverse, l’image s’allume ou s’éteint. Dans tous les cas, ce que l’on voit dépend d’un déplacement : celui du corps, de la lumière, du regard. Rien n’est définitif ni ne se dévoile entièrement.
En réunissant des cieux orageux, des lacs et des mers agitées, l’exposition transforme le paysage en un lieu de doute, de dualité et de tension plutôt que de certitude. La mer et le ciel fonctionnent comme des miroirs qui se répondent sans qu’on puisse déterminer lequel est l’original, et la beauté qu’ils offrent comporte toujours un danger implicite. Face à eux, le regard cesse d’être un acte passif et devient une expérience instable.