
Bendana | Pinel Art Contemporain a le plaisir de présenter «Second Nature», une exposition collective réunissant les œuvres de sept artistes internationaux. Le titre de l’exposition évoque l’idée d’une relation au monde devenue presque instinctive, façonnée autant par l’environnement naturel que par les constructions sociales et culturelles. Les artistes réunis interrogent ainsi les transformations de nos paysages, de nos modes de perception et de nos systèmes de représentation, où l’espace, la lumière et la matière deviennent des éléments en constante reconfiguration. Leur travail explore des territoires où nature et culture ne s’opposent plus, mais se mêlent et redéfinissent notre manière de voir.
Alberto Cont s’attache à explorer la lumière et la couleur, une recherche qui se prolonge dans ses sculptures qui pétrifient son geste pictural dans le grès émaillé. Dans sa série Labirinto, la couleur devient un véritable élément constructif du volume et de l’espace. Ses structures colorées s’imbriquent les unes dans les autres pour donner naissance à des labyrinthes imaginaires, dans lesquels le regard circule, guidé par les lignes, les formes et la profondeur de la couleur. Le spectateur est ainsi absorbé dans des paysages abstraits et atmosphériques irradiés par des réelles vibrations dynamiques et lumineuses.
Maria Friberg s’intéresse aux systèmes de pouvoir, aux constructions sociales et à la manière dont les objets témoignent de ces réalités. Dans Past Lines III, un bouquet de cravates devient un symbole fort : traditionnellement associé à l’autorité et à la domination masculine, l’accessoire apparaît ici volant en éclats, comme le signe d’un modèle en mutation. Le travail fait aussi référence aux cravates artisanales des années 1940 et au réemploi d’uniformes masculins en vêtements féminins pendant la guerre, brouillant les codes de genre. Ainsi, Friberg interroge l’évolution des symboles et des usages, tout en valorisant une production fondée sur le savoir-faire, la qualité et la durabilité.
Pablo Lobato explore la relation entre l’homme, la matière et les forces naturelles. Dans Nascente, un simple tuyau d’arrosage traversé par l’eau semble devenir vivant. Il se tord et s’agite sous la pression qui l’anime depuis l’intérieur. L’œuvre naît d’une collaboration avec les éléments. Lobato les laisse agir librement, acceptant les mouvements imprévus, l’incertitude et les transformations. Ainsi, il devient observateur et accompagnateur, guidant la matière plutôt qu’en imposant le contrôle. Pablo Lobato cherche à écouter ce que le monde exprime de manière silencieuse, à ralentir le regard et accorder de l’importance aux phénomènes simples.
Norton Maza met en scène des univers miniatures où se croisent fiction, satire et critique sociale. Dans Architecture des ombres, il élabore un diorama à partir de matériaux de récupération, de jouets, d’objets trouvés ou fabriqués par lui-même, et reconstitue une scène qui évoque les déséquilibres et les violences du monde contemporain. Derrière l’apparente dimension ludique de ses maquettes se révèlent des problématiques liées à l’immoralité des systèmes de pouvoir, à la dévastation causée par les conflits contemporains, à l’industrie pétrolière ou encore à la spéculation financière.
Pedro Motta explore les transformations du paysage à travers des processus naturels et humains. Dans Falência, il s’intéresse à l’érosion provoquée par les pluies, où la terre semble se dissoudre et perdre toute structure, créant des formes instables proches de “sutures sculpturales”. Avec Arquipélago #2, il documente l’expansion des routes et les chantiers d’infrastructure, révélant des îlots de terre isolés créés par l’action des machines. À la croisée de la documentation et de la mise en scène, Motta brouille la frontière entre transformation du territoire et fiction visuelle. Ses images montrent ainsi des paysages en mutation constante, où se mêlent traces du terrain, effacement progressif et intervention humaine.
Caio Reisewitz adopte dans l’ensemble présenté, une forme d’abdication comme moyen de dénoncer l’épuisement. Par l’occultation des couleurs réelles des paysages, ainsi que par l’appauvrissement de leur potentiel physique, il met en évidence la fin du rapport de tension entre nature et culture, tel qu’il a été pensé par l’anthropologie. Si les sociétés occidentales triomphent grâce à un modèle de culture « universel » et à un mode de production spécifique qui fragilise le vivant, la nature répond désormais sous forme de pénurie des ressources indispensables à la subsistance.
Julio Rondo développe une réflexion sur la mémoire, la perception et la matérialité de l’image. Ses peintures acryliques sur verre occupent un espace ambigu, où la transparence, les reflets et la lumière intègrent l’environnement et le regard du spectateur à l’œuvre elle-même. Dans un langage abstrait, Rondo fait émerger des formes issues de dessins, d’esquisses et de traces accumulées au fil des années. Son travail se construit ainsi à partir de fragments de souvenirs, de lieux et de sensations réinterprétés par la peinture. L’image devient alors un espace de projection, où mémoire personnelle et perception du présent se superposent.